
Discours du Président du MJS lors de la
clôture de l'Université d'Eté 2008 de La Rochelle
Chers camarades,
Ce matin en lisant la presse, je me suis aperçu d'une chose, les journalistes n'étaient pas à La Rochelle mais à Koh Lanta...
Quand moi, j'y ai vu plus de 4000 militants rassemblés dans des ateliers pour y travailler, pour y échanger, ils n'y ont vu que des querelles de chapelle. Quand j'ai eu l'occasion d'échanger sans
tabous avec mes camarades de la jeune gauche, eux, se sont attachés à courir les terrasses des cafés à la traque d'une image ou d'un bon mot. Et quand nous quitterons La Rochelle pour repartir,
regonflés, prêt à nous battre contre la droite, contre les suppressions de postes dans l'éducation nationale, contre la disparition des services publics, contre les lois liberticides, on nous dira
toujours que les socialistes n'ont pas d'idées, car ils ne seraient que divisions et luttes de personnes. Mes camarades, gardons à l'esprit, avant tout, le travail accompli ce week-end, grâce aux
formateurs, aux différents secteurs du parti, nous avons pu échanger avec des intervenants de grande qualité, des syndicalistes, des intellectuels, des partenaires ou des futurs partenaires de la
gauche.
Moi j'ai envie de leur dire merci, à tout ces intervenants qui ont accepté de venir ici, ce week-end, merci aux permanents et aux bénévoles, du service d'ordre aux formateurs, de la Rochelle et de
toute la France, sans qui tout cela n'aurait jamais pu avoir eu lieu. Merci à Maxime Bono, merci à Olivier Falorni. Et au nom du MJS, je voudrais également vous remercier, camarades, qui, au sortir
d'une année difficile, qui a été faite de victoire ou de défaites, avez fait le choix de venir travailler, tous ensemble.
Alors, c'est pour cela que je voudrais que l'on retienne une chose de ce weekend. C'est que le PS est un collectif, une équipe, prête à s'opposer, sans concession et à proposer une alternative dans
laquelle les jeunes socialistes prendront toute leur part. Car, mes camarades, s'il y a bien une question sur laquelle on ne peut pas tergiverser, c'est bien sur l'attitude à adopter face à cette
droite. Il faut être à la hauteur de notre exigence de résistance, de notre obligation d'opposition.
Vous pourrez compter sur le MJS pour être le débouché des contestations, des résistances et des oppositions. Mais notre génération, la première à connaître un Président de la République élu en
étant minoritaire chez les jeunes, est en droit d'attendre autre chose des socialistes et du MJS, elle doit trouver dans la famille socialiste, un outil d'invention de l'avenir.
Alors à ce propos, je voudrais vous raconter une histoire et faire appel, justement, à votre imagination.
Je voudrai vous inviter à nous projeter quelques années en avant, en septembre 2011, au moment où la France anesthésiée par le mensonge et la duperie d'un clan politique célèbrera tristement le
5ème anniversaire de la prise en main sarkosyste
Je voudrai que nous imaginions une histoire. Cette histoire, ça pourrait être celle de votre fils, votre neveu ou votre frère appelons-le Julien.
Nous sommes donc en septembre 2011 : en pensant aux prochaines élections, Julien cherche une alternative... Mais, ce n'est pas ce qui inquiète le plus Julien en cette rentrée 2011,. Ce qui inquiète
Julien, c'est qu'il n'a pas de nouvelles d'un de ses amis, parti en Afghanistan mener une guerre contre le terrorisme qui n'est pas la sienne. Il est inquiet, mais il se dit que ça pourrait être
pire, car son ami aurait pu être envoyé à quelques centaines de kilomètres de l'Afghanistan, ce pays où la France s'enlise depuis des années, il aurait pu être envoyé au Caucase où se déchainent
les nationalismes depuis que la guerre en Ossétie du sud a ouvert la boite de pandore quelques années plus tôt.
Et pourtant, en septembre 2011, Julien avait trouvé un travail, en CDD, bien sûr. Il avait eu de la chance, car beaucoup de ses amis étaient au chômage. Les jeunes avaient pris la récession de
plein fouet et avaient de nouveau joué le rôle d'amortisseur sur le marché du travail. Comme un tiers des jeunes aujourd'hui, Julien gagnait le SMIC, un SMIC qui n'avait pratiquement pas augmenté
depuis trois ans, un SMIC dont le pouvoir d'achat avait diminué à mesure que l'inflation s'emballait, un SMIC qui servait juste à combler le découvert creusé le mois précédent.
En un an, ses préoccupations avaient changé. En septembre 2010, Julien était parti de chez ses parents et cherchait un logement. Après deux mois de recherche où il avait du surmonter toutes les
galères, il avait emménagé dans un appart' dont le loyer représentait près de la moitié de son budget mensuel. Au bout de quelques mois, Julien s'était vu couper son accès à internet : à cause de
la loi de septembre 2008 sur le téléchargement, son fournisseur d'accès l'avait interdit de faire ce qu'il faisait depuis 10 ans, télécharger des morceaux de musique pour se changer les idées. Le
jour où il apprit cette mauvaise nouvelle, Laurence Ferrari, au journal de TF1 avait annoncé les profits records de l'industrie musicale.
Quelques mois plus tôt, en septembre 2009, il avait commencé ses études dans une université. Une de ces anciennes universités publiques privatisée à la sauvette au nom de la compétitivité de
l'enseignement supérieur. Cette rentrée là fut la plus difficile, il n'avait pas obtenu la bourse à laquelle il s'attendait ; les critères de bourses s'étaient encore durcis. Très vite, Julien
avait du trouver un travail pour financer ses études. Très vite, il avait fait l'expérience de la loi sur le dialogue social votée à l'été 2008 : en 2009 déjà, un mi-temps, c'était déjà 24h de
travail par semaine.
En cette année, Julien pensait aussi à septembre 2008, quand il était rentré en terminale, et avait constaté que sa classe comptait cinq élèves de plus que celle de l'année précédente, qui déjà
était surchargée. Les suppressions de postes massives du début d'année étaient passées par là, les profs n'étaient plus disponibles, on ne s'entendaient plus en classe et Julien se faisait déjà à
l'idée à cette époque là, que, décidément, on ne lui ferait aucun cadeau pour préparer son avenir dans de bonnes conditions.
Cette histoire, n'est pas gaie, mais elle est réaliste.
Il n'y a qu'un outil pour qu'elle soit écrite un peu différemment d'ici 2011, un seul outil pour que les Julien de 2016 ne connaissent la même histoire que les Julien de 2011, un seul outil pour
résister à la fatalité et inventer un autre avenir, cet outil, c'est le nôtre, c'est le Parti Socialiste.
La droite sacrifie l'avenir d'une génération sur l'autel du profit. Cette droite qui ne fait rien pour le logement, rien pour les salaires, rien pour l'emploi, rien contre les discriminations.
Cette droite préfère la satisfaction immédiate de ses clientèles électorales à l'intérêt du plus grand nombre. Chers camarades, la France n'est plus gouvernée, elle est tenue par une clique.
Désinformée par la complicité des grands médias, tenue par la restriction ininterrompue des libertés, contrôlée par le fichage.
A propos de fichage, connaissez-vous EDVIGE ? Derrière ce doux nom d'EDVIGE se cache un fichier qui vous concerne, vous militants politiques. Il ne dit pas seulement que vous êtes socialistes, il
contient des informations sur vos préférences sexuelles, vos fréquentations, vos opinions philosophiques... Mais au fait, si on prend la peine de ficher toutes ces personnes, c'est pour s'en
servir. Mais ça va servir à quoi ? Je vous laisse l'imaginer...
Tenue par une clique je le disais, car, comment appeler autrement ce petit groupe de personnes indifférentes au sort du plus grand nombre, ce petit groupe de personnes préoccupé uniquement par son
sort et ses intérêts directs. Ce groupe, n'a qu'une méthode de Gouvernement qui peut se résumer en une phrase : « après moi, le déluge. ». Sauf que ce déluge a déjà commencé, et que notre
génération prend déjà l'eau. On me dira, oui mais certains jeunes finissent par s'en sortir. Oui, certains jeunes s'en sortent. Ils sont au moins aussi nombreux que les salariés qui ont pu
bénéficier du travailler plus pour gagner plus. Notre génération essaie de surnager, même si la droite fait tout pour lui maintenir la tête sous l'eau. Malheureusement, on en vient, à 20 ans, à se
dire, que finalement, c'était peut être mieux avant.
Pour qu'un autre avenir soit possible, il faut l'imaginer, il faut le créer, il faut le penser. Einstein disait « il faut d'abord créer de nouveaux mondes, puis après chercher les traces de leur
existence ». C'est pour ça qu'il faut penser l'avenir à gauche.
Penser l'avenir à gauche, ce fut l'ambition de cette université d'été du MJS à La Rochelle. Mais cet été, pour le MJS, le temps de la réflexion avait commencé beaucoup plus tôt à Carpentras, ville
conquise de haute lutte à la droite, lors de l'université d'été d'ECOSY, le MJS du Parti Socialiste Européen. A l'invitation du MJS France, 2000 jeunes socialistes, venus de toute l'Europe ont
travaillé pendant une semaine à dessiner le futur de l'Union, avec en ligne de mire les prochaines élections européennes de juin 2009. C'était le plus grand rassemblement de socialistes depuis le
non irlandais. Ce sont des socialistes qui l'ont organisé.
Penser l'avenir à gauche, c'est voir comment le monde a changé, mais aussi comment il va changer, et comment nous voulons le changer. Dans de cette université d'été, le MJS a abordé, lors de ses 3
séances plénières vers des questions qui deviendront des questions essentielles de l'agenda politique. Nous devons l'anticiper.
La première, le retournement de la pyramide des âges. 2012, c'est une date que beaucoup de socialistes ont en tête. 2012 sera une année charnière, ce sera l'année où, pour la première fois dans
l'histoire de ce pays, il y aura plus de personnes de plus de 60 ans que de moins de 20 ans. Les conséquences de ce changement démographique ne concernent pas que le système de retraite, elles se
trouvent dans toutes les sphères de la société. Un exemple, Gandrange. Si l'usine métallurgique de Gandrange a fermé, ce n'est pas seulement parce que la logique du profit l'a emporté sur celle de
l'emploi, c'est aussi parce qu'entre des travailleurs âgés dont on s'est débarrassés hâtivement, et des jeunes en intérim et CDD, le savoir-faire n'a pas été transmis et la productivité s'est
effondrée.
La seconde, le modèle de développement. Notre génération rentre sur le marché du travail au moment où le capitalisme connaît une des pires crises financière de son histoire, notre génération voit
les inégalités à nouveau exploser, notre génération sera la première qui vivra l'après-pétrole. Face à ces problèmes, Il ne s'agira pas de se contenter de mettre un peu de solidarité par ici,
favoriser la recherche par là. Il ne s'agira pas de faire du capitalisme 2.0 comme diraient les concepteurs de logiciels. Non, il ne s'agira pas ça. Il s'agira véritablement d'un autre modèle de
développement. Un modèle de développement. Personne d'autres que les socialistes ne peuvent en être les architectes.
Et parce qu'il n'est pas d'architecte sans outil, nous voulons dès maintenant forger les outils de demain, une gauche refondée. Dans ce but, l'union de la gauche est un impératif. Elle ne peut se
contenter d'être un état de fait des soirs de premier tour, elle doit être une dynamique capable de tracer des perspectives pour entraîner la société avec elle. C'est à partir de la jeune gauche
que doit émerger la gauche unie de demain. C'est pourquoi, dès cette automne, le MJS lancera avec ses partenaires de la jeune gauche, jeunes communistes, jeunes verts, jeunes radicaux de gauche, la
première plate-forme commune de la jeune gauche politique. Entre l'imposture démocratique que représente le MODEM et la révolution sans cesse promise mais toujours ajournée de l'extrême gauche,
notre génération politique ne souhaite pas d'une gauche réformiste étriquée, d'une gauche qui regarderait ses pieds, d'une gauche qui serait à l'étroit dans ses petits souliers, notre génération
veut qu'émerge une gauche qui relève la tête, une gauche qui regarde vers l'avenir, d'une gauche qui va de l'avant.
Le socialisme, chers camarades, est une invention permanente de l'avenir. Il y a encore quelques années de cela, quand les socialistes arrivaient au pouvoir, on parlait encore d'expérience
socialiste. Etre socialiste, c'est créer et essayer, et pas seulement s'opposer et imiter.
Camarades, anticipons. Sarkozy, lui, l'a bien compris. Par exemple, quand il s'attaque à la laïcité par les mots et les comportements, c'est pour préparer les atteintes dans les lois et dans les
faits. Les combats idéologiques d'aujourd'hui préparent les terrains d'affrontement des joutes électorales de demain. Ils sont aussi importants que les propositions que nous devons sortir dès
aujourd'hui pour ancrer dans les têtes de nos concitoyens qu'une autre France est possible et dessiner le portrait de cette France d'après Sarkozy, Plus que jamais, comme le dit la chanson, c'est
aujourd'hui que l'avenir s'invente.
Nous ne sommes pas dépourvus d'atouts, nos victoires aux dernières élections locales sont précieuses. La gauche qui a gagné le 16 mars dernier n'est pas seulement une gauche qui protège et agit,
c'est une gauche qui invente, qui donne du sens à ce qu'elle fait, qui l'inscrit dans une vision des territoires. Je ne sais pas si l'histoire a un sens, mais une chose est sûre, c'est à nous qu'il
appartient de donner du sens à notre histoire. Notre histoire c'est le progrès, notre histoire c'est l'égalité et la solidarité, notre histoire, c'est l'avenir.
Si nous ne donnions pas de sens à notre histoire et à nos actions, nos victoires seraient condamnées à rester des victoires sans lendemain.
Si nous n'inscrivions pas aujourd'hui comme une étape vers notre avenir, avec de la suite dans les idéés, nous nous laisserons hypnotiser par l'indolente répétition d'un éternel présent. Un présent
où plus ça changerait, plus ce serait la même chose. Un présent où nous gagnerions les élections intermédiaires tout en perdant les élections nationales. Un présent où l'agenda politique de la
droite constituerait notre lot quotidien. Un présent où la tactique finirait par tuer la stratégie. Un présent, où les positionnements feraient oublier le mouvement.
Chers camarades, nous voulons pas de ça. Nous pensons que cela n'arrivera pas. Nous sommes fiers d'être socialistes. Nous avons pour la plupart rejoint la famille socialiste entre 2002 et
aujourd'hui, et pas un seul jour, nous n'avons cessé de croire dans la capacité des militants de notre famille politique à incarner l'avenir. Nous avons tout pour réussir. Nous formons le vœu que
ce congrès soit un congrès qui fasse date, que ce soit un congrès d'avenir.
Etre utile aux Français, c'est l'enjeu essentiel. Même si nous ne sommes pas tous d'accord entre nous, travaillons ensemble, nous sommes tous socialistes. C'est n'est pas qu'une question de vivre
ensemble, c'est une question de responsabilité. Chers camarades, le MJS a déposé une contribution pour le congrès du Parti qui s'intitule "Etre à la hauteur". Le MJS ne souhaite donner de leçon à
personne, mais nous voudrions vous demander d'essayer d'être la hauteur des espoirs que les français peuvent placer en nous.
Chers camarades, Notre avenir est à gauche.
Notre avenir est dans le dépassement du modèle libéral que nous impose la droite. Notre avenir est dans un autre modèle de développement. Notre avenir est dans le combat des idées et dans le
progrès. Notre avenir est dans une gauche conquérante qui incarne les aspirations populaires, dans une gauche enracinée dans la société dans une gauche fière de ses principes et créatrice dans ses
idées.
Notre avenir est socialiste.